Mis à jour le 28 octobre 2026
Un médecin libéral peut racheter jusqu'à 12 trimestres de retraite de base (années d'études, années incomplètes), en passant par la CARMF. En 2026, un trimestre seul coûte par exemple de 2 293 € à 2 620 € à 57 ans selon vos revenus, et chaque trimestre racheté efface 1,25 % de décote (guide retraite CARMF, juin 2026).
Un médecin qui s'installe à 30 ans a déjà accumulé 10 à 12 trimestres de retard sur un salarié du même âge. Les années de faculté et d'externat ne génèrent quasiment aucun droit à la retraite. L'internat et le clinicat, salariés, en ouvrent, mais tard. Sans action, ce retard se traduit par une décote définitive sur la pension de base : 1,25 % par trimestre manquant, appliquée à vie.
Le rachat de trimestres est l'outil conçu pour corriger cette situation. Mais c'est aussi un outil qui peut devenir coûteux si la décision est prise trop tard ou sans simulation préalable. Ce guide détaille ce qui est rachetable, ce que ça coûte réellement, et quand agir.
Pourquoi les médecins libéraux manquent-ils de trimestres ?
Beaucoup de médecins libéraux risquent d'arriver à la retraite sans le nombre de trimestres nécessaire pour partir à taux plein. La raison est simple et structurelle : les études de médecine durent entre 9 et 12 ans, parfois plus pour les spécialistes.
Sans action correctrice, chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25 % sur la pension de base, à vie. La retraite complémentaire CARMF, elle, n'a pas de décote. Sur 8 trimestres manquants, c'est 10 % de pension de base en moins, définitivement. Sur une pension de base de 1 000 € par mois, c'est 100 € de moins chaque mois, soit 1 200 € par an et 24 000 € sur 20 ans de retraite.
Pour comprendre combien de trimestres vous devez réunir selon votre année de naissance, consultez notre article : Retraite à taux plein : à quel âge et avec combien de trimestres ?
Pour les règles du rachat valables pour tous les régimes, lisez aussi notre guide Rachat de trimestres : ce que ça coûte, ce que ça rapporte, et quand ça vaut le coup. Et pour une vue d'ensemble : Préparer sa retraite de médecin libéral : le guide CARMF complet.
Qu'est-ce qu’un rachat de trimestres ?
Le rachat de trimestres, c'est la possibilité pour un médecin libéral d'acheter rétroactivement des trimestres de retraite correspondant à des périodes pendant lesquelles il ne cotisait pas, ou cotisait insuffisamment, au régime de base.
L'objectif peut être double selon votre situation :
Effacer une décote : si vous partez à la retraite sans avoir le nombre de trimestres requis (entre 167 et 172 selon votre génération), votre pension subit une minoration de 1,25 % par trimestre manquant. Racheter des trimestres réduit ou supprime cette décote.
Partir plus tôt : si vous souhaitez liquider votre retraite avant 67 ans mais qu'il vous manque des trimestres pour atteindre le taux plein, racheter vous permet d'atteindre le seuil requis et de partir sans pénalité, parfois plusieurs années avant la date prévue.
Ces deux objectifs ne sont pas exclusifs. Attention si vous envisagez un cumul emploi-retraite : pour une première pension prenant effet à compter du 1er janvier 2027, la LFSS 2026 change les règles. Avant l'âge légal, vos revenus d'activité seront déduits de la pension. Entre l'âge légal et 67 ans, la pension sera réduite au-delà d'un seuil de revenus. Le cumul intégral sera réservé aux 67 ans et plus. Des exceptions sont annoncées, à vérifier au cas par cas. Le détail dans notre article Cumul emploi-retraite médecin, mode d'emploi : ce qui change en 2027.
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Ce que vous pouvez racheter : les périodes éligibles
Ce que vous pouvez racheter au régime de base (CNAVPL / CARMF)
Vous pouvez racheter jusqu'à 12 trimestres au titre de votre retraite de base. Ce rachat est possible pour les années d'études supérieures, à condition d'avoir été affilié à un régime de retraite des professions libérales après l'obtention de votre diplôme, ou pour les années au cours desquelles vous avez acquis moins de 4 trimestres.
À noter : les trimestres issus de congés maternité, de maladie longue durée ou de prise en charge d'un enfant handicapé peuvent également être rachetés dans le régime complémentaire CARMF, mais les règles diffèrent. Voir section dédiée ci-dessous.
Le régime complémentaire CARMF : un dispositif distinct
Le rachat au régime de base (CNAVPL, la caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales) et le rachat à la CARMF sont deux opérations distinctes, avec des règles différentes.
À la CARMF, il ne s'agit pas de racheter des trimestres mais des points de retraite complémentaire. Ce dispositif n'est accessible qu'à partir de 45 ans, sous réserve d'être à jour de ses cotisations. En 2026, un point racheté coûte 1 984,90 € (guide retraite CARMF, juin 2026). Plusieurs situations ouvrent ce droit.
Le service militaire. Chaque trimestre effectué peut faire l'objet d'un rachat de points au régime complémentaire.
Les congés maternité. Pour les femmes médecins, 3 trimestres par enfant né pendant les périodes d'exercice médical sont rachetables.
Les enfants handicapés. Un trimestre par période de 3 ans de prise en charge d'un enfant ayant fait l'objet de l'attribution de l'AEEH (allocation d'éducation de l'enfant handicapé), dans la limite de 3 trimestres par enfant.
La dispense de cotisations en début de carrière. Un médecin affilié après le 1er janvier 1996 avant 40 ans a été dispensé de cotisations lors de ses deux premières années. Il peut racheter un point par trimestre de dispense.
Deux options de rachat : laquelle choisir ?
En résumé : l'option 1 vous permet de partir plus tôt sans pénalité, l'option 2 vous permet de partir plus tôt ET de toucher une pension plus élevée.
Quand choisir l'option 1 ? Quand votre objectif principal est de déverrouiller le départ à taux plein avant 67 ans, notamment parce que vous souhaitez simplement arrêter d'exercer à une date précise. Si votre pension de base est déjà confortable grâce à des revenus élevés, l'effet de l'option 2 sur le montant final sera proportionnellement moins significatif.
Quand choisir l'option 2 ? Quand vous avez de nombreuses années de retraite devant vous et que chaque euro de pension supplémentaire sera perçu longtemps. L'option 2 est d'autant plus rentable que vous rachetez tôt (coût moindre) et que vous vivez longtemps après la liquidation.
Le bon choix dépend de votre âge, de votre patrimoine et de votre date de départ envisagée.
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Combien coûte un rachat de trimestres pour un médecin libéral ?
C'est la question centrale, et la réponse est moins simple qu'un tarif fixe, car le coût dépend de trois variables : votre âge au moment de la demande, la moyenne de vos revenus des 3 dernières années, et l'option choisie. Voici les ordres de grandeur par trimestre, tirés du barème présenté par la CARMF (guide retraite, juin 2026) :
Ces montants sont des coûts bruts. La fiscalité du rachat relève de votre expert-comptable ou d'un fiscaliste ; Prismo vous oriente vers le bon interlocuteur.
Pour juger un rachat, comparez son coût au gain de pension qu'il vous apporte chaque année, et au nombre d'années pendant lesquelles vous toucherez ce gain. C'est ce calcul, fait sur vos vrais chiffres, qui dit si le rachat vaut le coup.
L'abattement pour rachat précoce des années d'études
Pour les années d'études, le coût de chaque trimestre racheté est réduit d'un abattement de 400 € (trimestres seuls) ou de 590 € (trimestres et points), dans la limite de 4 trimestres. Condition : en faire la demande dans les dix ans qui suivent la fin de vos études, ou au plus tard le 31 décembre de l'année de vos 40 ans.
Autrement dit, racheter vite après l'installation est doublement avantageux. Le barème lié à l'âge est plus favorable, et l'abattement s'applique. C'est la fenêtre la moins chère.
Quand racheter ? Le timing, enjeu clé
Le coût d'un rachat augmente mécaniquement avec l'âge, puisqu'il est indexé sur les revenus des 3 dernières années, qui progressent au fil de la carrière, et sur un barème qui intègre l'âge. Chaque année qui passe rend le rachat plus coûteux.
Racheter tôt coûte moins cher. La contrepartie : plus la retraite est loin, moins vous savez à quel âge vous partirez, ni avec quelles règles. Racheter tôt, c'est donc faire un pari sur l'avenir.
Le meilleur compromis : entre 45 et 55 ans
Pour la majorité des médecins, la fenêtre optimale de rachat se situe entre 45 et 55 ans. À cet âge :
Le barème est encore modéré (revenus en phase de maturité mais pas au pic)
La visibilité sur la date de départ est suffisante pour simuler la rentabilité
Les rachats au régime complémentaire CARMF deviennent accessibles (à partir de 45 ans)
L'urgence absolue : ne jamais racheter après la liquidation
Vous pouvez racheter dès votre affiliation à la CARMF, mais impérativement avant votre départ en retraite. Une fois la retraite liquidée, c'est-à-dire calculée et mise en paiement, la décote est appliquée et il est trop tard.
C'est l'erreur qu'on ne rattrape pas. Beaucoup de médecins remettent la question à plus tard et découvrent, trop tard, qu'ils auraient pu réduire leur décote. La procédure prend plusieurs mois entre la demande et la validation, et certains paiements peuvent être étalés sur 1, 3 ou 5 ans. Autant de raisons de ne pas attendre.
La procédure pas à pas
Étape 1 : Identifier vos périodes rachetables
Commencez par rassembler votre relevé de carrière CNAVPL (accessible sur info-retraite.fr) et identifiez les années sans trimestres ou avec moins de 4 trimestres. Ajoutez les années d'études médicales non affiliées.
Étape 2 : Demander un devis à la CARMF
En principe, le rachat de trimestres se fait auprès de la CARMF qui fait ensuite le lien avec la CNAVPL pour la validation des trimestres rachetés. La CARMF vous fournit une simulation chiffrée des deux options (trimestres seuls vs trimestres + points) selon votre âge et vos revenus.
Étape 3 : Simuler la rentabilité nette
C'est l'étape la plus importante et la plus souvent négligée. Connaître le coût d'un rachat ne suffit pas : il faut le mettre en regard du gain de pension annuel qu'il génère, pour calculer la durée de récupération. L'incidence fiscale, elle, se voit avec votre expert-comptable.
La règle est simple : un rachat est rentable si vous récupérez votre mise avant la fin probable de votre retraite. Autrement dit, la durée de récupération doit être plus courte que le nombre d'années de retraite que vous pouvez espérer.
Étape 4 : Choisir les modalités de paiement
Pour un seul trimestre, vous paierez en une seule fois. Pour davantage de trimestres, le paiement peut être étalé en mensualités. Concrètement, le paiement peut être étalé sur un ou trois ans lorsque la demande de rachat porte sur 2 à 8 trimestres, et sur un, trois ou cinq ans lorsque la demande excède 8 trimestres.
Bon à savoir : si le paiement s'étale sur plus de 12 mois, les sommes restant dues sont majorées du taux d'évolution prévisionnelle des prix.
Attention : si vos paiements s'interrompent (première mensualité non honorée, deux mensualités impayées, successives ou non, liquidation de la pension, décès), le trimestre en cours de paiement est remboursé à hauteur du solde restant. Ce trimestre ne sera pas pris en compte. Les trimestres entièrement réglés restent acquis.
Les pièges à éviter absolument
FAQ : les questions les plus fréquentes
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Non, c'est impossible. Le rachat doit impérativement être effectué avant la liquidation de la pension de base. C'est une limite absolue, sans exception.
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Selon le barème présenté par la CARMF (guide retraite, juin 2026), un trimestre seul coûte de 2 293 € à 2 620 € à 57 ans et de 2 535 € à 2 896 € à 62 ans, selon vos revenus des 3 dernières années. Avec des points en plus (option 2), comptez de 3 398 € à 3 882 € à 57 ans. Pour les années d'études, un abattement de 400 € (trimestres seuls) ou 590 € (trimestres et points) s'applique par trimestre, dans la limite de 4 trimestres, si vous en faites la demande dans les 10 ans qui suivent la fin de vos études ou au plus tard l'année de vos 40 ans.
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Jusqu'à 12 trimestres au régime de base : vos années d'études supérieures, à condition d'avoir ensuite été affilié à un régime des professions libérales, et les années où vous avez validé moins de 4 trimestres. À la CARMF, le rachat porte sur des points de retraite complémentaire, accessible dès 45 ans.
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Oui, dès lors qu'ils sont intégralement payés. En cas d'interruption d'un paiement échelonné, seul le trimestre en cours de paiement est perdu, les trimestres déjà soldés restent acquis.
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Non. Le rachat de points au régime complémentaire CARMF n'est possible qu'à partir de 45 ans.
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Oui, mais les trimestres rachetés n'entrent pas dans le décompte des trimestres "cotisés" requis pour la carrière longue. Ils n'aident donc pas à débloquer un départ anticipé pour ce motif spécifique.
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L'option 1 suffit si votre objectif est uniquement de partir à taux plein plus tôt. L'option 2 est préférable si vous cherchez aussi à maximiser votre pension versée. En cas de doute, une simulation comparative des deux options sur votre durée d'espérance de retraite est indispensable.
Conclusion : une décision qui peut valoir des dizaines de milliers d'euros
Le rachat de trimestres est l'un des rares leviers de la retraite qui peut offrir une rentabilité mesurable, à condition de la simuler. Les médecins libéraux manquent souvent de trimestres, à cause de la longueur de leurs études. Pour eux, la question du rachat se pose presque toujours.
Mais c'est aussi une décision complexe. Elle dépend de votre âge, de vos revenus, de la date de départ que vous envisagez et de vos projets de cumul emploi-retraite. Une mauvaise décision peut coûter plusieurs milliers d'euros sans contrepartie : racheter trop tard, choisir la mauvaise option, racheter des trimestres inutiles.
La bonne approche : simuler avant d'agir. Et ne pas attendre : chaque année sans décision rend le rachat plus cher.
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À propos de l'autrice. Claire Chouraqui est cofondatrice de Prismo Retraite, cabinet indépendant de conseil retraite spécialisé dans les carrières complexes et internationales. Prismo ne vend aucun produit financier.