Retraite Monaco France : comment fonctionnent vos droits des deux côtés de la frontière

Vous avez travaillé à Monaco et en France. Peut-être toute votre carrière, peut-être quelques années seulement. Dans les deux cas, la question de votre retraite est plus complexe qu'il n'y paraît. Monaco n'est pas dans l'Union européenne. Les règles ne sont pas celles de l'espace européen. Elles découlent d'une convention bilatérale signée en 1952, plusieurs fois amendée, et d'une architecture de caisses qui a profondément changé début 2024.

Ce que cet article vous explique : le cadre légal exact, le fonctionnement de chaque caisse, les mécanismes de coordination entre les deux pays, les pièges concrets, et ce que votre relevé de carrière doit impérativement contenir avant de liquider.

Le cadre : une convention bilatérale de 1952, pas les règles européennes

Monaco n'est pas un État membre de l'Union européenne. Les règlements européens de coordination des régimes de retraite ne s'appliquent pas. La relation entre la France et Monaco repose sur la convention de sécurité sociale du 28 février 1952, entrée en vigueur le 1er avril 1954, complétée par plusieurs avenants.

Cette convention couvre tous les domaines de la sécurité sociale : maladie, maternité, invalidité, accidents du travail, retraite. Elle s'applique aux travailleurs salariés de nationalité française ou monégasque. Point important : elle ne couvre pas les travailleurs non-salariés. Si vous avez exercé une activité indépendante à Monaco, le cadre juridique est différent.

La convention pose trois principes fondamentaux : égalité de traitement entre ressortissants des deux pays, totalisation des périodes d'assurance, et exportabilité des pensions.

Les caisses qui gèrent vos droits monégasques

La CAR (Caisse Autonome de Retraite) : le régime de base

La CAR gère la retraite de base des salariés du secteur privé à Monaco depuis 1947. C'est un régime par répartition, en points. Le nombre de points que vous accumulez chaque année dépend de votre salaire brut soumis à cotisation, divisé par un salaire de base de référence fixé annuellement par arrêté ministériel (1 528 € au 1er octobre 2025). Le plafond est de 4 points par mois, soit 48 points par an maximum.

Pour ouvrir un droit à pension, il faut avoir travaillé au moins 10 ans à Monaco (continus ou non), dont 60 mois de travail effectif ou assimilé. Si vous n'atteignez pas ces seuils par votre seule activité monégasque, la convention permet de totaliser avec vos périodes françaises pour y parvenir, sous conditions.

L'âge légal normal à la CAR est 65 ans. Un départ anticipé est possible à partir de 60 ans si vous avez cessé toute activité. À 55 ans pour les mères ayant élevé au moins 3 enfants pendant 8 ans avant leurs 16 ans. Si vous partez après 65 ans, votre pension est majorée de 1,5 % par trimestre supplémentaire, jusqu'à un maximum de 30 % à 70 ans.

La CMRC (Caisse Monégasque de Retraite Complémentaire) : la grande rupture de 2024

Jusqu'au 31 décembre 2023, la retraite complémentaire des salariés travaillant à Monaco pour des employeurs monégasques était gérée par l'Agirc-Arrco. Cela a pris fin au 1er janvier 2024 avec la création de la CMRC.

Tous les actifs qui n'avaient pas encore liquidé leur retraite complémentaire ont été automatiquement transférés à la CMRC. La règle de conversion est simple : 1 point Agirc-Arrco correspondant à une période monégasque équivaut à 1 point CMRC. La valeur du point CMRC est fixée annuellement par arrêté souverain : elle était de 1,5783 € au 1er octobre 2025 (contre 1,5485 € au 1er octobre 2024).

Si vous avez liquidé votre retraite complémentaire avant le 1er janvier 2024, vos droits restent servis par l'Agirc-Arrco. Une prestation de bonification annuelle, versée par la CMRC, vient s'y ajouter.

Pour les actifs dont la carrière mélange France et Monaco : les périodes travaillées en France restent gérées par l'Agirc-Arrco. Seuls les droits acquis à Monaco ont migré vers la CMRC.

La CARTI pour les travailleurs indépendants monégasques

Si vous avez exercé une activité indépendante à Monaco, c'est la CARTI (Caisse Autonome de Retraite des Travailleurs Indépendants) qui gère vos droits base et complémentaire. La convention franco-monégasque de 1952 ne s'appliquant qu'aux salariés, la coordination avec les régimes français d'indépendants relève d'une autre logique, et les dossiers sont sensiblement plus complexes.

La totalisation : comment vos trimestres des deux pays s'articulent

C'est le mécanisme central à comprendre. La totalisation répond à une question simple : avez-vous accumulé assez de périodes pour bénéficier d'une pension à taux plein ?

Pour la France, la question est : avez-vous le nombre de trimestres requis selon votre année de naissance ? Pour Monaco, la question est : avez-vous les 10 ans d'activité et les 60 mois effectifs requis ?

Dans les deux cas, les caisses additionnent vos périodes françaises et monégasques pour répondre à cette question. Si la totalisation vous permet d'atteindre le seuil, vous obtenez le taux plein dans les deux pays.

Le paiement, lui, est pro-rata. La France verse uniquement la pension correspondant aux années cotisées en France. Monaco verse uniquement la pension correspondant aux années cotisées à Monaco. Vous recevez deux pensions distinctes, de deux caisses différentes.

Un point d'attention souvent négligé : vos salaires monégasques n'entrent pas dans le calcul français

La pension de base française est calculée sur vos 25 meilleures années de salaire (pour les générations concernées). Ce calcul ne prend en compte que les salaires déclarés auprès des caisses françaises. Or, à Monaco, vous avez cotisé à la CAR, pas à la CNAV. Vos revenus monégasques sont inconnus de l'Assurance retraite française. Ils n'entrent donc jamais dans le calcul du salaire annuel moyen retenu pour votre pension de base française.

Conséquence concrète : si vos meilleures années se sont passées à Monaco, votre pension de base française sera calculée sur des années moins représentatives de votre carrière. C'est un impact financier réel, rarement anticipé.

Le piège de l'écart d'âge légal

L'âge légal de départ à la retraite est différent dans les deux pays. En France, il est de 64 ans depuis la réforme de 2023 (sous réserve du nombre de trimestres requis). À Monaco, il est de 65 ans pour la pension normale de la CAR.

Prenons un cas concret. Marie a 64 ans, une carrière mixte France-Monaco, et tous ses trimestres. Elle choisit de partir à son âge légal français, à 64 ans. Elle dépose sa demande en France. La CNAV et l'Agirc-Arrco calculent ses droits, en faisant la totalisation avec Monaco, et commencent à lui verser sa pension française. La demande est transmise à la CAR et à la CMRC. Réponse des caisses monégasques : Marie n'ayant pas encore 65 ans, sa demande est mise en attente. Sa pension monégasque démarrera le premier jour du mois suivant son 65e anniversaire.

Résultat : pendant un an, Marie perçoit uniquement sa pension française. La pension monégasque, qu'elle avait intégrée dans son calcul de revenus futurs, n'arrive que 12 mois plus tard. Ce délai est prévisible et peut être anticipé. Mais il faut le savoir en amont.

La liquidation : une procédure de guichet unique, complexe en pratique

En théorie, la convention prévoit un guichet unique. Si vous résidez en France au moment de la demande, vous déposez votre dossier auprès de votre CNAV (via le portail de l'Assurance Retraite). La caisse française est censée transmettre la demande aux caisses monégasques.

En pratique, la coordination entre quatre caisses (CNAV, Agirc-Arrco, CAR, CMRC) est source de délais et d'erreurs. Les relevés de carrière monégasques et français ne se vérifient pas automatiquement l'un l'autre. Les périodes peuvent manquer, les points être erronés, les dates de transmission ne pas être respectées.

Votre relevé de carrière CAR/CMRC est accessible en ligne sur le portail des Caisses Sociales de Monaco (caisses-sociales.mc). Il est disponible sous 24h en moyenne après demande. Avant toute démarche de liquidation, ce document doit être comparé à votre relevé de carrière français. Les divergences doivent être corrigées avant le dépôt du dossier, pas après.

Si vous résidez hors de France et de Monaco, la démarche est plus complexe et les délais s'allongent.

Les situations complexes qui nécessitent un regard expert

Carrières courtes à Monaco (moins de 10 ans)

Si vous avez travaillé moins de 10 ans à Monaco, vous n'atteignez pas seul les conditions d'ouverture de droit à la CAR. La totalisation avec la France peut vous y aider, à condition d'avoir cotisé au régime général salarié français et d'avoir au moins 13 mois de cotisation effective à Monaco. Si ce seuil n'est pas atteint, les cotisations CAR peuvent vous être remboursées à 65 ans (part salariale uniquement), mais vous perdez définitivement le bénéfice des droits accumulés.

Carrières de travailleurs non-salariés

La convention de 1952 ne s'applique qu'aux salariés. Un TNS, un dirigeant, un professionnel libéral ayant exercé à Monaco ne bénéficie pas du même cadre de coordination. L'articulation entre la CARTI et les régimes français d'indépendants (SSI, CIPAV, etc.) est une mécanique à part entière, qui demande une analyse spécifique.

Rachat de trimestres dans un contexte franco-monégasque

Si vous envisagez de racheter des trimestres pour améliorer votre taux, la décision est différente dans un contexte bi-pays. Les trimestres rachetés en France sont reconnus par Monaco pour le calcul de la totalisation. Cela peut vous permettre d'atteindre le taux plein dans les deux pays. En revanche, racheter des points CAR ou CMRC directement n'est pas reconnu par la France comme des trimestres validés pour la totalisation. La décision de rachat doit être simulée avec les deux régimes en tête.

Retraite progressive ou cumul emploi-retraite

Le cumul emploi-retraite a des règles distinctes à Monaco. Entre 60 et 65 ans, si vous partez en anticipé, vous ne pouvez pas exercer d'activité à Monaco dépassant un plafond de rémunération fixé annuellement (11 681 € pour 2024). Au-delà, votre pension CAR est suspendue jusqu'à vos 65 ans. Ce plafond ne s'applique pas à la CMRC, dont les conditions de cumul sont différentes.

Questions fréquentes

  • Oui, grâce au mécanisme de totalisation prévu par la convention. Vos périodes monégasques s'ajoutent à vos périodes françaises pour déterminer si vous atteignez le taux plein. Chaque pays verse ensuite sa propre pension au prorata des périodes effectuées sur son territoire.

  • La CMRC est la caisse de retraite complémentaire monégasque créée le 1er janvier 2024. Si vous n'aviez pas liquidé votre retraite complémentaire avant cette date, vos points Agirc-Arrco correspondant à des périodes monégasques ont été automatiquement transférés à la CMRC, à raison de 1 point pour 1 point. Vos droits sont conservés.

  • Non. Les revenus perçus à Monaco ne sont pas connus de la CNAV. Ils n'entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen retenu pour votre pension de base française. C'est une des particularités les plus méconnues des carrières franco-monégasques.

  • Pas nécessairement. L'âge légal monégasque est de 65 ans. Si vous liquidez en France à 64 ans, la CAR met votre demande en attente jusqu'à votre 65e anniversaire. Vous percevrez votre pension française seule pendant un an. C'est un point de flux de revenus à anticiper impérativement dans votre plan de retraite.

Prismo Retraite accompagne les carrières franco-monégasques

Une carrière franco-monégasque, c'est au minimum quatre caisses à coordonner, deux conventions (sociale et fiscale) à articuler, et des relevés de carrière dans deux systèmes distincts à vérifier avant liquidation. Les erreurs ne sont pas rares. Et elles se corrigent rarement après coup.

Prismo Retraite est un cabinet indépendant, spécialisé en retraite par répartition pour les profils de carrière complexes. Aucun produit financier n'est vendu. L'accompagnement porte exclusivement sur vos droits légaux, leur optimisation et leur liquidation dans les meilleures conditions.

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