Retraite TNS : ce que vous toucherez vraiment, et comment améliorer la donne
Vous êtes travailleur non salarié. Vous avez cotisé toute votre vie, parfois plus que vos clients salariés ne le pensent. Et pourtant, votre retraite risque d'être décevante.
Pas parce que le système est contre vous. Mais parce que la retraite des TNS est fragmentée entre plusieurs régimes, parce que les premières années de revenus faibles pèsent lourd dans le calcul, et parce que la plupart des leviers d'optimisation ont une date limite.
Ce guide fait le point sur ce que vous avez réellement accumulé, ce que vous pouvez encore faire, et à quel moment agir.
TNS : de qui parle-t-on exactement ?
Le statut de travailleur non salarié regroupe des situations très différentes. Ce qui les unit : vous ne relevez pas du régime général des salariés. Ce qui les distingue : chaque catégorie cotise à son propre régime de retraite, avec ses propres règles de calcul.
Les artisans et commerçants cotisent au SSI (Sécurité sociale des indépendants, ex-RSI) pour la retraite de base, et à la retraite complémentaire des indépendants (RCI).
Les professions libérales réglementées cotisent à la CNAVPL pour la retraite de base, et à leur caisse spécifique pour la complémentaire : CIPAV pour la majorité (architectes, consultants, experts), CARMF pour les médecins, CNBF pour les avocats, et une dizaine d'autres caisses selon la profession.
Les gérants majoritaires de SARL ont un statut TNS, contrairement aux présidents de SAS ou aux gérants minoritaires, qui sont assimilés salariés. Leur retraite suit les règles SSI ou CNAVPL selon l'activité.
Les micro-entrepreneurs relèvent du SSI mais avec une particularité : leurs droits à la retraite sont proportionnels à leur chiffre d'affaires réel. Les seuils de CA à atteindre pour valider des trimestres varient selon la nature de l'activité. En 2025, il faut environ 14 000 euros de CA annuel pour valider 4 trimestres en prestations de services, et près de 24 000 euros pour une activité de vente, ces seuils sont recalculés chaque année sur la base du SMIC. En dessous, les trimestres sont partiels ou nuls, même si des cotisations ont été prélevées. C'est l'une des situations les plus mal comprises.
Pourquoi la retraite des TNS est souvent plus basse que prévu
Plusieurs mécanismes expliquent que les TNS arrivent fréquemment à la retraite avec une pension inférieure à ce qu'ils anticipaient.
Des premières années de revenus faibles qui pèsent dans le calcul. La retraite de base est calculée sur les 25 meilleures années. Mais pour les indépendants qui ont démarré lentement (revenus faibles les premières années, période d'installation difficile) ces années pèsent dans la moyenne même quand on écarte les pires. Le pic de revenus en milieu de carrière ne compense pas toujours le démarrage difficile.
Des trimestres qui ne se valident pas automatiquement. Contrairement au salarié dont les trimestres dépendent uniquement du temps travaillé, le TNS valide des trimestres en fonction de son revenu annuel. Une année de revenus faibles, un arrêt maladie non compensé, une cessation temporaire d'activité : autant de situations qui peuvent créer des trimestres manquants.
Une retraite complémentaire en points dont beaucoup sous-estiment le montant. Le système de points des régimes complémentaires TNS est opaque. Peu d'indépendants savent combien de points ils ont accumulé ni ce que chaque point rapportera à la liquidation.
Des cotisations calculées sur le revenu net, pas le chiffre d'affaires. Un artisan avec 80 000 euros de CA mais 35 000 euros de revenus nets cotise sur 35 000 euros. Ce que sa retraite reflète, c'est ce revenu net — pas la taille de son activité.
Une évolution positive depuis 2025. La loi de financement de la sécurité sociale 2024 a réformé les assiettes de cotisations des travailleurs indépendants à compter du 1er janvier 2025, avec l'objectif de les rapprocher de celles des salariés. Cette réforme devrait progressivement améliorer les droits acquis par les TNS, notamment pour les plus hauts revenus.
Les leviers d'optimisation à activer
Le rachat de trimestres
Si vous avez des trimestres manquants — années d'études, années de revenus insuffisants, période à l'étranger sans convention — le rachat est l'outil le plus direct pour corriger le déficit. Le plafond est de 12 trimestres au régime de base, tous motifs confondus.
Le coût brut d'un trimestre racheté varie entre 1 800 et 4 300 euros selon l'âge et l'option choisie. Mais pour un TNS qui déclare en BNC ou en BIC, le rachat est déductible du bénéfice imposable. La déductibilité peut ramener le coût réel à 40 ou 50 % du coût brut selon la tranche marginale d'imposition.
La décision doit intervenir avant la liquidation de la retraite, sans exception. Et elle doit être précédée d'une simulation : racheter des trimestres qui n'auraient pas été utiles est une dépense sèche.
Notre guide complet sur le rachat de trimestres détaille les conditions, les coûts et le calcul de rentabilité.
Si vous êtes médecin libéral, consultez notre guide spécifique CARMF.
Le rachat de trimestres est souvent le levier le plus sous-utilisé par les TNS. Pas par méconnaissance de son existence, mais par manque de simulation personnalisée. Prismo calcule si c'est rentable dans votre cas.
Le PER et les dispositifs d'épargne retraite
Le Plan d'épargne retraite (PER) permet aux TNS de se constituer un complément de retraite avec une déductibilité fiscale immédiate. Les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % du bénéfice imposable, plafonné à 8 PASS, plus un plafond supplémentaire pour les TNS relevant du régime des indépendants.
C'est un levier puissant, surtout en fin de carrière quand les revenus sont au pic et la TMI à son maximum. Mais le PER génère un capital ou une rente à la sortie, pas des trimestres supplémentaires. Il compense la faiblesse de la pension obligatoire sans la corriger.
Optimiser la période de cessation d'activité
La date à laquelle vous cessez votre activité et la date à laquelle vous demandez la liquidation de votre retraite ne sont pas obligatoirement les mêmes. Un TNS peut cesser son activité tout en reportant la liquidation pour accumuler des trimestres supplémentaires ou atteindre le taux plein automatique à 67 ans.
Le cumul emploi-retraite est également possible : percevoir la retraite tout en continuant à exercer. Depuis septembre 2023, ce dispositif permet d'acquérir une seconde pension, mais avec deux limites importantes à connaître. Ces nouveaux droits ne s'appliquent qu'au sein du même régime que celui qui verse la première pension. Et la seconde pension est plafonnée à 5 % du PASS, soit environ 196 euros par mois en 2025 — un montant très limité. Le dispositif évolue par ailleurs à partir de 2027 selon la LFSS 2026, avec des conditions qui dépendront de l'âge au moment de la reprise d'activité.
Vérifier et corriger son relevé de carrière
Avant tout autre levier, la priorité est de récupérer et d'auditer son relevé de carrière complet sur Info-Retraite.fr. Les erreurs sont fréquentes chez les TNS : trimestres non validés lors des premières années d'affiliation, périodes de cotisation manquantes lors de changements de statut, points complémentaires mal enregistrés lors de passages d'un régime à l'autre.
Une erreur non détectée avant la liquidation est définitive.
Prismo audite les relevés TNS et identifie les anomalies avant qu'elles soient gravées dans le marbre.
Les situations qui nécessitent une attention particulière
Carrière mixte salarié / TNS. Si vous avez commencé comme salarié avant de vous installer à votre compte, vos droits se répartissent entre le régime général et votre régime TNS. Les deux régimes se cumulent, mais ils ne se calculent pas ensemble. Il faut reconstituer et optimiser les deux séparément.
Changement de statut en cours de carrière. Un artisan qui passe en SARL, un consultant qui change de caisse, un médecin qui s'associe : chaque changement de statut peut créer des ruptures dans l'affiliation ou des périodes non couvertes. Ces transitions sont les moments où les erreurs s'accumulent.
Cessation d'activité anticipée. Un TNS qui cesse son activité à 58 ans sans avoir atteint le taux plein a généralement trois options : accepter une décote, attendre 67 ans pour le taux plein automatique, ou racheter les trimestres manquants. Le choix optimal dépend de la situation fiscale au moment de la cessation.
Le micro-entrepreneur qui ne valide pas de trimestres. Les seuils de CA varient selon l'activité et sont révisés chaque année. Un micro-entrepreneur qui ne les atteint pas ne valide aucun trimestre pour l'année concernée, même si des cotisations ont été prélevées sur son CA. La vérification annuelle du relevé de carrière est particulièrement importante dans ce cas.
À quel âge agir : les étapes clés
La retraite des TNS ne se prépare pas six mois avant la cessation d'activité. Certaines décisions ont des effets sur dix ou vingt ans.
Entre 40 et 50 ans. C'est la fenêtre pour le rachat de trimestres à coût modéré. C'est aussi le moment d'ouvrir ou d'alimenter un PER si ce n'est pas encore fait, et de vérifier que les relevés de carrière sont complets.
Entre 50 et 57 ans. La simulation de départ devient concrète. On peut estimer avec précision le montant de la pension selon plusieurs scénarios de date de départ. Le rachat de trimestres est encore possible mais plus coûteux.
Entre 57 et 62 ans. Dernière fenêtre pour les rachats. Moment d'optimiser la fiscalité de sortie du PER. Décision sur le cumul emploi-retraite si pertinent.
12 à 18 mois avant le départ. Demande de relevés à tous les régimes, constitution du dossier de liquidation, coordination des dates de départ si plusieurs régimes sont concernés.
Questions fréquentes
La retraite d'un TNS est-elle vraiment plus basse que celle d'un salarié ?
En règle générale, oui, à revenus équivalents. L'écart vient principalement de la retraite complémentaire, où le salarié bénéficie de cotisations patronales que le TNS finance seul. Sur le régime de base, les règles sont proches. C'est le cumul base + complémentaire qui creuse l'écart. La réforme des assiettes entrée en vigueur en 2025 devrait progressivement réduire cet écart.
Un gérant de SAS a-t-il le même statut qu'un gérant de SARL ?
Non. Le président de SAS est assimilé salarié : il cotise au régime général et à l'Agirc-Arrco. Le gérant majoritaire de SARL est TNS : il cotise au SSI. Le choix de la forme juridique a donc un impact direct sur la retraite, parfois de plusieurs centaines d'euros par mois.
Peut-on valider des trimestres sans cotiser si les revenus sont faibles ?
Non pour les TNS au régime réel. Les trimestres sont directement liés au revenu déclaré. En revanche, certaines périodes assimilées (maladie longue durée, maternité, invalidité) peuvent générer des trimestres sans cotisation effective. Les conditions varient selon le régime.
Le rachat de trimestres est-il possible après la retraite ?
Non. La liquidation de la retraite ferme définitivement la porte au rachat. Il n'existe aucune dérogation. C'est pourquoi l'audit de carrière doit intervenir bien avant la date de départ envisagée.
Un TNS peut-il cumuler emploi et retraite ?
Oui, sous conditions. Le cumul emploi-retraite permet de continuer à exercer tout en percevant sa retraite. Depuis 2023, les nouveaux droits acquis en cumul intégral permettent d'obtenir une seconde pension, mais celle-ci est plafonnée à environ 196 euros par mois et s'applique uniquement au sein du même régime. Les règles évoluent à partir de 2027 selon la LFSS 2026.
Comment savoir combien de points j'ai accumulé à la CIPAV ou au SSI ?
Via votre espace personnel sur info-retraite.fr, qui agrège les données de tous vos régimes. Vous pouvez également contacter directement chaque caisse. Pour la CIPAV, l'espace adhérent permet de consulter le relevé de points et d'effectuer des simulations.