Retraite France Angleterre : s’y retrouver quand on a travaillé dans les deux pays
Selon la Cour des comptes, 1 dossier de retraite sur 6 contient une erreur, avec une perte moyenne de 790 € par an. Pour les carrières franco-britanniques, ce risque est démultiplié : deux systèmes, deux administrations, des règles qui ont changé avec le Brexit, et des fenêtres qui se ferment définitivement si vous attendez trop longtemps.
Vous avez travaillé en France et au Royaume-Uni ? Voici exactement comment fonctionne votre retraite, ce que le Brexit a vraiment changé, et pourquoi chaque année d'inaction peut vous coûter cher.
Chaque pays paie sa part… et seulement sa part
Il n'existe pas de système de retraite "franco-britannique" unifié. Les deux pays fonctionnent indépendamment : la France vous versera une pension basée sur vos trimestres cotisés en France, le Royaume-Uni vous versera une State Pension basée sur vos années National Insurance (NI). Ni l'un ni l'autre ne tient compte des salaires perçus de l'autre côté de la Manche pour calculer le montant.
En revanche, un mécanisme de totalisation permet d'additionner les périodes cotisées dans les deux pays pour vérifier si vous remplissez les conditions d'ouverture des droits, et notamment si vous atteignez le taux plein côté français. C'est une nuance capitale que nous illustrons plus bas avec des exemples concrets.
🇫🇷 Système français · 🇬🇧 Système britannique
Les deux régimes fonctionnent indépendamment — chaque pays verse sa propre pension
🇫🇷 France — Régime général
- Régime général CNAV pour les salariés
- Retraites complémentaires Agirc-Arrco
- Calcul basé sur les 25 meilleures années
- Taux plein conditionné au nombre de trimestres
- Âge légal : 62 à 64 ans selon année de naissance
- Gestionnaire international : GIP Union Retraite
🇬🇧 Royaume-Uni — New State Pension
- New State Pension (depuis 2016)
- Pension professionnelle workplace pension
- Calcul basé sur les années National Insurance (NI)
- 35 années NI pour la pension complète (~£221/semaine)
- Âge légal : 66 ans (évolution vers 67 ans prévue)
- Gestionnaire : HMRC + DWP International Pension Centre
Oui, vous pouvez cumuler les deux pensions… mais ce n'est pas automatique
Bonne nouvelle : rien n'interdit de percevoir simultanément une retraite française et une State Pension britannique. Vos droits dans chaque pays sont indépendants et cumulables. Mais ce cumul ne se déclenche pas seul. Il exige des démarches auprès de deux administrations différentes, dans deux langues, avec des délais souvent supérieurs à 12 mois.
Autre point souvent ignoré : les âges légaux de départ sont différents. En France, vous pouvez partir entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance. Au Royaume-Uni, la State Pension ne commence qu'à 66 ans. Vous pouvez donc activer l'une bien avant l'autre, ce qui ouvre des stratégies de départ échelonné à optimiser selon votre situation.
| Critère | 🇫🇷 France | 🇬🇧 Royaume-Uni |
|---|---|---|
| Âge légal minimum | 62 à 64 ans selon année de naissance | 66 ans (67 ans prévu vers 2028) |
| Condition taux plein | 168 à 172 trimestres selon génération | 35 années NI pour pension complète |
| Pension minimale partielle | Possible avec décote (taux réduit) | 10 années NI minimum requis |
| Montant maximum (2024) | ~1 352 €/mois (retraite de base seule) | ~£221/semaine ≈ 1 030 €/mois |
| Versement à l'étranger | Oui, virement international possible | Oui, virement international possible |
Trois situations réelles pour comprendre les mécanismes
Les règles abstraites sont souvent difficiles à s'approprier. Voici trois cas concrets qui illustrent comment s'articulent les deux systèmes, et ce que l'on peut perdre ou gagner selon ses choix.
Rien de mieux que des cas réels pour comprendre comment s'articulent les deux systèmes.
Exemple : Carrière mixte classique
Sophie, 58 ans — Carrière mixte classique
20 ans en France · 16 ans au Royaume-Uni · réside à Paris
Sa génération (née en 1966) exige 172 trimestres pour le taux plein. Ses 80 trimestres français sont insuffisants seuls. Grâce à la totalisation, les 16 années UK (64 trimestres équivalents) comblent le gap : taux plein atteint côté français.
Côté britannique : 16 années NI → pension partielle d'environ £101/semaine (16/35 de la pension complète).
Sophie part à 64 ans avec sa retraite française à taux plein, et attend 66 ans pour activer sa pension britannique. Elle perçoit deux pensions cumulées à vie, déclenchées à des moments différents.
Exemple : Carrière courte dans chaque pays
Marc, 62 ans — Carrière courte dans chaque pays
12 ans en France · 10 ans au Royaume-Uni
12 ans en France = insuffisant pour le taux plein. 10 ans au UK = exactement le minimum requis pour une State Pension partielle. Sans coordination, Marc risquerait une pension française très décotée.
Exemple 3 — Carrière quasi-entière en France, quelques années au UK
Isabelle, 60 ans — L'impact des années UK sur le taux plein
30 ans en France · 5 ans au Royaume-Uni (2000–2005) · née en 1964
Les années UK n'entrent jamais dans les 25 meilleures années françaises. Elles servent uniquement à vérifier si Isabelle atteint les 168 trimestres requis pour le taux plein (génération 1964). Le montant reste calculé uniquement sur les salaires français.
✅ Scénario A — Taux plein atteint
Isabelle a 150 trimestres français. Il lui manque 18 trimestres. Les 20 trimestres UK couvrent ce gap → taux plein déverrouillé.
Les années UK ont déverrouillé le taux — leur rôle s'arrête là.
⚠️ Scénario B — Taux plein non atteint
Isabelle a 120 trimestres français. Il lui manque 48 trimestres. Les 20 UK ramènent le gap à 28 manquants.
Les années UK ont réduit la décote (48 → 28) sans la supprimer.
Dans les deux cas, les années UK agissent comme un curseur sur le taux, jamais sur la base salariale. Et côté britannique : 5 ans NI = sous le seuil de 10 ans → aucune State Pension, sauf rachat d'années manquantes.
Le cas d'Isabelle mérite une attention particulière, car il illustre une confusion très fréquente : les années cotisées au Royaume-Uni n'entrent jamais dans le calcul des 25 meilleures années françaises. Elles servent uniquement à vérifier si le taux plein est atteint — un levier sur le taux, pas sur la base salariale. La différence peut représenter plusieurs dizaines d'euros par mois à vie.
Brexit : ce qui a vraiment changé pour votre retraite
Le Brexit est souvent mal compris. Certains pensent que leurs droits britanniques ont disparu. D'autres pensent que rien n'a changé. La réalité est plus nuancée — et la date qui compte n'est ni le référendum de 2016, ni la sortie officielle de janvier 2020, mais le 31 décembre 2020, fin de la période de transition.
Ce qui n'a PAS changé
Vos droits à la State Pension britannique n'ont pas été annulés. Vous pouvez toujours cumuler pension française et pension britannique. La totalisation des périodes reste possible. La pension peut toujours être versée à l'étranger, en France ou ailleurs.
Ce qui a changé
Pour les années cotisées avant le 31 décembre 2020, l'Accord de Retrait protège intégralement vos droits — les règles européennes continuent de s'appliquer à ces périodes. Pour les années cotisées après le 1er janvier 2021, c'est la Convention bilatérale France-Royaume-Uni de 1979 qui s'applique. La coordination reste possible, mais les procédures sont différentes, les formulaires spécifiques, et les délais souvent plus longs.
Brexit & Retraite — Ce que ça a changé
La date clé pour vos droits : le 31 décembre 2020
📅 Années cotisées AVANT le 31/12/2020
- Droits protégés par l'Accord de Retrait
- Totalisation selon Règlement 883/2004
- Règles de coordination européenne maintenues
- Formulaires S1, E121 toujours valides
- Aucune démarche urgente pour ces droits
📅 Années cotisées APRÈS le 31/12/2020
- Convention bilatérale de 1979 applicable
- Coordination maintenue via procédures différentes
- Formulaires et démarches UK spécifiques requis
- Délais administratifs souvent plus longs
- Suivi régulier du relevé NI fortement recommandé
Exemple : Impact du Brexit sur une carrière récente
Thomas, 35 ans — Carrière à cheval sur le Brexit
7 ans en France · au Royaume-Uni depuis 2019 · situation mixte pré et post-Brexit
28 trimestres validés
Période de transition UE
Post-Brexit
✅ Années 2019–2020 (UK pré-Brexit)
Couvertes par l'Accord de Retrait. Les droits acquis pendant la période de transition sont intégralement protégés.
- Règlement 883/2004 applicable
- Totalisation avec les années françaises maintenue
- Formulaires européens toujours valides
- Aucune démarche urgente pour cette période
⚠️ Années depuis 2021 (UK post-Brexit)
Convention bilatérale France-Royaume-Uni de 1979. La coordination reste possible mais les procédures sont différentes.
- Vérifier le Settled Status ou Pre-Settled Status
- Suivre régulièrement son relevé NI sur HMRC
- Formulaires et démarches UK spécifiques requis
- Délais administratifs souvent plus longs
Thomas a des années dans les deux régimes. Il doit impérativement vérifier son statut de résidence au UK, s'assurer que toutes ses années NI sont bien enregistrées, et anticiper la demande auprès des deux systèmes bien avant ses 60 ans — certaines fenêtres de correction se ferment définitivement.
Anticiper tôt : des fenêtres qui ne se rouvrent pas
La retraite franco-britannique, ça ne s'improvise pas à 62 ans. Plusieurs opportunités d'optimisation sont conditionnées à des délais stricts :
Le rachat de trimestres d'études en France au tarif réduit n'est possible que dans les quelques années qui suivent vos études.
Le rachat d'années NI manquantes au Royaume-Uni est limité aux 6 dernières années. Ine fenêtre étendue exceptionnelle jusqu'à 16 ans existait, mais elle s'est fermée en avril 2025.
La correction d'erreurs sur votre relevé de carrière est possible à tout âge depuis 2021, mais plus vous attendez, plus les justificatifs (bulletins de salaire, contrats) disparaissent et plus la preuve devient difficile à apporter.
Et rappelons-le : la liquidation d'une retraite est dans la majorité des cas irréversible. Une fois le dossier déposé, les erreurs non corrigées deviennent définitives.
Fiscalité : où serez‑vous imposé ?
La question fiscale est souvent la dernière à laquelle on pense, et pourtant l'une des plus impactantes. La convention fiscale franco-britannique de 1968 (révisée en 2009) définit précisément où chaque type de pension est imposé selon votre pays de résidence. Une mauvaise anticipation peut entraîner une double imposition ou une perte nette importante.
La règle de base : si vous résidez en France au moment de la retraite, la State Pension britannique sera imposée en France. Votre retraite française le sera aussi en France. Mais une pension du secteur public britannique reste imposée au Royaume-Uni, même si vous vivez en France. Ces distinctions comptent dès lors que vous choisissez votre pays de résidence à la retraite.
Fiscalité — Où serez-vous imposé sur vos pensions ?
Convention fiscale France-Royaume-Uni de 1968 (révisée 2009)
| Type de pension | 🇫🇷 Si vous résidez en France | 🇬🇧 Si vous résidez au UK |
|---|---|---|
| State Pension britannique | Imposée en France | Imposée au Royaume-Uni |
| Retraite de base française (CNAV) | Imposée en France | Imposée en France |
| Retraite complémentaire (Agirc-Arrco) | Imposée en France | Imposée en France |
| Pension secteur public français | Imposée en France | Imposée en France |
| Pension secteur public britannique | Imposée au Royaume-Uni | Imposée au Royaume-Uni |
Pourquoi les carrières franco-britanniques méritent un accompagnement dédié
Dans la grande majorité des dossiers franco-britanniques que nous analysons chez Prismo, nous identifions au moins une période non comptabilisée ou une opportunité d'optimisation ignorée :
une année NI rachetable,
des trimestres français non validés,
un choix de date de départ sous-optimal,
ou une fiscalité non anticipée.
Ce n'est pas une question de compétence : c'est une question de complexité. Même un professionnel de la retraite en France ne maîtrise pas nécessairement les subtilités du système britannique, et inversement. La coordination entre les deux pays exige de connaître les deux systèmes simultanément.
Chez Prismo Retraite, nous accompagnons spécifiquement les profils ayant travaillé à l'international.
Notre approche : analyser votre carrière complète dans les deux pays, identifier ce que vous risquez de perdre, et construire avec vous une stratégie de départ claire et chiffrée.
Vous avez travaillé en France et au Royaume-Uni ?
Faites vérifier votre relevé. Un premier échange suffit souvent pour identifier les points de vigilance.